2025, le bilan
5 albums. 5 comics. 5 films. 5 séries tv.
Je préfère écrire sur les choses que j’aime. C’est pour cela que l’heure de dresser le bilan des œuvres que j’ai adorées est mon moment préféré de l’année. Néanmoins, cette année j’ai voulu faire plus simple. Clairement, j’écris moins qu’auparavant, donc je ne voulais pas m’enquiquiner avec plusieurs newsletters. Une seule regroupant mes principales passions était largement suffisante.
Pour rappel, je n’ai pas la prétention de tout lire, écouter, et regarder. Cette newsletter est véritablement un prétexte pour parler d’œuvres qui m’ont fait vibrer durant l’année passée.
Bonne lecture !
ALBUMS
IRK “The Seeing House”
Nefarious Industries Records
Dès les premières notes de “Idiot Plot”, les lettres du “noise” de noise rock s’embrasent. IRK revient après des années sans avoir sorti un seul titre, et le trio a toujours envie de faire du bruit de manière brutale.
Le trio chant-basse-batterie propose une musique âpre à la rythmique tranchée à la scie circulaire. Le chanteur complètement habité hurle de son être sur cette musique dégénérée. Pour moi, c’est du bonheur en barre !
PYGMY LUSH “TOTEM”
Persistent Vision
Je ne me suis pas empressé d’écouter l’album à sa sortie malgré mon amour inconditionnel pour Bitter River, le premier disque du groupe. À vrai dire, je ne suis pas très fan des reformations. Mais, voilà, les gens commençaient à parler du disque comme un petit bijou sous-estimé et ça m’a donné envie d’y jeter une oreille.
Malgré l’absence de titres folk, PYGMY LUSH reprend là où il en était avec un post-hardcore lo-fi qui alterne entre les hits punk explosifs et les morceaux mélodieux hypnotiques, le tout avec une cohérence sans pareille. Complètement abouti, TOTEM est une aventure musicale que j’aime suivre régulièrement.
THE AUSTERITY PROGRAM “Bible Songs 2”
Controlled Burn Records
L’Apocalypse selon THE AUSTERITY PROGRAM revient après six ans de silence. Le duo guitare-basse nous sert une nouvelle fois un noise rock tendu, vicieux, glacial, rugueux, et génialement emballant.
Si j’apprécie les compositions pour leur efficacité mais aussi leur côté très théâtral, j’aime l’ambiance presque industrielle que donne la drum machine qui accompagne le duo. Ce son froid apporte un côté malsain que la voix, le groove de la basse, ou les déflagrations de guitare savent aggraver.
WIPES “Don’t Tell My Parents”
Hex Records
La musique de WIPES n’a pas révolutionné mon existence : son noise rock est primaire, brutal, et sale. Justement, quelques notes suffisent à titiller mon cerveau reptilien et à me faire adhérer. Je deviens sa victime, la laissant creuser une voie jusqu’à mes tripes où elle s’installe jusqu’aux dernières notes.
Les deux grandes forces du trio sont cette manière de donner une tension folle à des titres secs et sans fioritures, et sa maîtrise du noise rock lui permettant de composer des morceaux uniques à chaque fois.
Treize titres, aucun ne de ressemble ! Certains sont plus mélodieux, d’autres plus hypnotiques, d’autres feront grincer des dents ; WIPES s’amuse avec ses instruments pour apporter un perpétuel vent de fraîcheur à sa musique.
YASS “Feel Safe”
Crazysane Records
Pour la troisième fois, YASS - duo formé par Frank et Markus de feu TEN VOLT SHOCK - réinterprète l’electro anxiogène de KRAFTWERK en version noise rock.
Ou l’inverse.
Finalement, on s’en fout un peu ! Feel Safe est surtout un disque aussi sombre que dansant, les 35 minutes en sa compagnie me mettent en transe. Les lignes de basse presque techno, la rythmique mi-electro mi-punk, et les nappes de guitares incisives se mélangent pour composer 8 titres remarquables.
COMICS
ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER
DC Comics
Cette revisite moderne - presque punk - de Martian Manhunter est surtout propulsée par une partie artistique autaquet. Personnellement, je n’avais pas lu de comics mainstream aussi psychédélique depuis… pfff… très longtemps. Javier Rodriguez donne vie à un univers fantastique arrivant à créant la confusion à la fois dans l’action mais aussi dans l’esprit du lectorat. Certaines pages sont complètement folles, et la manière de jouer avec les couleurs, les formes des cases, les effets de profondeur, mais aussi avec le format font de ABSOLUTE MARTIAN MANHUNTER un chef-d’œuvre graphique.
Mais ce chef-d’œuvre n’est pas uniquement visuel. Son histoire est parfaitement bien menée. Deniz Camp connaît tout le talent de l’artiste avec qui il travaille. Il réinvente ainsi un héros pulp et - allez, j’ose le dire - un peu ringard pour raconter une histoire digne d’Edgar Allan Poe où la frontière entre réalité et fantastique est floue. Et, en même temps, l’auteur embrasse le côté pulp et ringard du héros pour justement pour coller au côté tarabiscoté de planches.
ASSORTED CRISIS EVENTS
Image Comics
ASSORTED CRISIS EVENTS a pour lui de me rappeler pourquoi j’aime tant la bande dessinée. Il s’est donc imposé en tant que l’une de mes lectures favorites du moment.
L’anthologie de science-fiction du scénariste Deniz Camp et du dessinateur Eric Zawadzki est composée d’histoires one-shot qui reposent sur des concepts spatio-temporels. Ainsi, le premier numéro s’intéresse à une fin du monde où des bribes d’univers parallèles apparaissent sans crier gare, le troisième oppose deux versions d’une même ville issues de mondes parallèles, ou le quatrième met en scène un homme lambda dont la vie se déroule en accéléré.
L’équipe créative a parfaitement compris la nature de la science-fiction, il ne s’agit pas seulement de récits grandioses basés sur des concepts plus ou moins scientifiques, il s’agit avant tout de parler de notre société. Ainsi, chaque récit - visuellement incroyable - véhicule un message politique clair balancé comme un uppercut dans la tronche du lectorat. Ça fait saigner du nez, parfois perdre une dent ou deux, mais que c’est bon !
BATMAN AND ROBIN: YEAR ONE
DC Comics
Chacun des douze épisodes m’a rappelé pourquoi j’aime les comics. Mark Waid et Chris Samnee n’oublient pas que la bande dessinée - et spécialement celle de super-héros - est destinée avant tout à un public jeune. Déblayant tout le grim’n’gritty par un souffle pulp, l’équipe créative propose une histoire dynamique, fun, mais pas dénouée de profondeur ni d’émotion.
Et puis, avec l’historien - et grand fan de DC - qu’est Mark Waid, cette maxi-série est un hommage aux origines de Batman. Il arrive à écrire un justicier sombre et sérieux, mais qui n’est pas infaillible, et qui se bat avec bienveillance pour aider la police débordée. J’aime cette écriture de Batman, et j’aime comment le scénariste marie le Batman des premiers comics à celui de BATMAN: THE ANIMATED SERIES.
En plus, BATMAN AND ROBIN: YEAR ONE est une claque graphique. Chaque dialogue est ultra dynamique, et les scènes d’action sont réalisées par un virtuose de la bande dessinée. J’ai rarement vu de course-poursuites aussi haletantes tout média confondus.
THE MORTAL THOR
Marvel Comics
THE MORTAL THOR est un mélange assez étrange entre la mythologie norvégienne et des séries urbaines de la grande tradition de Marvel. Pour schématiser, c’est un peu la rencontre entre MIGHTY THOR de Walter Simonson et DAREDEVIL de Frank Miller.
C’est improbable ? Non, c’est Al Ewing !
Le scénariste toujours inventif est derrière ce concept assez osé dans lequel un simple humain ravage des malfrats à coup de marteau accroché à son poignet par une corde.
J’ai un peu peur que ce qui fait la force de ce nouveau chapitre des aventures de Thors par Ewing s’essouffle par la suite - avec toute la mythologie qui vienne écraser le reste - mais le départ de cette série est ultra plaisant.
THE POWER FANTASY
Image Comics
Mois après mois, je termine la lecture de THE POWER FANTASY avec un sourire au visage, un sourire de satisfaction d’avoir lu un truc exceptionnel. Ce drame - parfois shakespearien - où des personnages dotés de super-pouvoirs font trembler la Terre entière est magistral avec ses personnages forts, des relations complexes, et des enjeux clairs.
Kieron Gillen a pris le temps de construire un univers solide avant de balancer de grandes révélations qui viennent à tout bousculer. Chaque fin d’épisode promet une histoire de plus en plus palpitante.
Avec la partie graphique signée Caspar Wijngaard - qui s’amuse à changer de style subtilement pour servir pleinement la narration -, THE POWER FANTASY a vraiment tout pour plaire. Moi, j’ai vraiment hâte d’une belle édition reliée pour faire trôner fièrement cette saga sur ma bibliothèque.
FILMS
LIFE OF CHUCK
De Mike Flanagan • Avec Tom Hiddleston, Benjamin Pajak, Chiwetel Ejiofor, Karen Gillan, Mia Sara, Mark Hamill…
Il m’a fallu un peu de temps pour digérer le film. Alors, oui, j’ai dû tout mettre dans le bon ordre, c’est vrai. Mais ce temps de réflexion m’a surtout permis de décrypter le message adressé par le film, celui qu’il envoie directement dans le cœur.
J’ai envie de regarder le film à nouveau pour attraper tous les détails qui m’ont certainement échappé. Et surtout pour retrouver ce sourire incontrôlable qui m’a pris sur les deux scènes de danse. La mise en scène, la façon de les filmer, et la prestation du casting rendent ces moments tout simplement magiques.
Rarement un film m’a apporté une joie aussi pure.
SINNERS
De Ryan Coogler • Avec Michael B. Jordan, Hailee Steinfeld, Delroy Lindo, Jack O’Connell, Wunmi Mosaku…
Ryan Coogler aime tellement Michael B. Jordan qu’il le dédouble dans ce film. Je comprends ce choix, surtout que l’acteur interprète des jumeaux avec une personnalité propre et une manière de se mouvoir différente l’un de l’autre.
L’intérêt de Sinners ne réside pas dans l’interprétation sans faille de Jordan, mais dans son contexte historique. Coogler pose un autre regard sur les Etats-Unis des années 30 tout en proposant un film qui parle de musique. Des thématiques qui ont véritablement inspiré le réalisateur. Parfois trop ! J’ai parfois été noyé par la densité de la première partie.
Construit comme un (bon) film de Robert Rodriguez, Sinners explose sur son dernier acte avec une scène musicale où le concept prend tout son sens, et un visuel de vampires absolument mortel qui donne un aspect unique au film.
THE THUNDERBOLTS*
De Jake Schreier • Avec Florence Pugh, David Harbour, Lewis Pullman, Wyatt Russell, Hannah John-Kamen, Julia Louis-Dreyfus…
Lorsque je regarde un film Marvel, c’est pour me divertir, passer du bon temps devant un film d’action bourré d’effets spéciaux et de situations grandioses qui dépassent la raison. Mais pour poser mon cerveau et apprécier le spectacle, il faut une recette simple : un postulat de départ qui donne envie, des scènes d’action efficaces, et des personnages attachants. The Thunderbolts* a tout ça pour lui.
Sur le papier, cette équipe d’outsiders n’avait pas grand-chose de séduisant. Pourtant, le film arrive à rendre chaque personnage intéressant petit à petit en partant sur des bases solides.
C’est ça que j’apprécie surtout dans ce film : Jake Schreier prend le temps de faire les choses correctement. Il impose une ambiance sur la première partie, il sait trouver les bons moments pour développer les personnages, il fait durer les scènes d’action et les moments de tension lorsque c’est nécessaire. Cette formule donne un divertissement de qualité. Exactement ce que j’attends de ce genre de film.
WAKE UP DEAD MAN
De Rian Johnson • Avec Daniel Craig, Josh O’Connor, Josh Brolin, Glenn Close, Mila Kunis, Jeremy Renner, Kerry Washington, Andrew Scott, Daryl McCormack…
Je suis content de revoir Benoit Blanc : les affaires sur lesquelles il enquête sortent toujours de l’ordinaire. Et puis, le formidable Daniel Craig est toujours entouré par un casting en or qui se prête complètement au jeu.
L’iconoclaste Rian Johnson continue de s’attaquer au whodunnit. Il joue au prestigiateur pour nous envoyer balader une troisième fois. Les indices sont faciles à trouver, mais la structure alambiquée et les petites omissions détournent notre attention pour arriver vers un final réussi.
J’espère revoir Benoit Blanc pour un quatrième opus.
WEAPONS
De Zach Cregger • Avec Josh Brolin, Julia Garner, Alden Ehrenreich, Amy Madigan, …
Zach Cregger m’avait déjà surpris avec BARBARIAN, mais là il monte de quelques crans afin de proposer une œuvre unique en son genre.
WEAPONS part d’un postulat assez angoissant afin de raconter une histoire complètement inattendue. Avec sa structure en chapitres - orientés sur un ou plusieurs personnages -, presque décousue, le récit n’annonce jamais clairement la couleur, ni même la direction qu’elle va prendre. J’aime cette manière d’être surpris, j’aime cette manière que le film m’a conduit quasi à l’aveugle vers sa conclusion.
SÉRIES TV
ANDOR
Saison 2 • Conçue par Tony Gilroy
Qui aurait dit que l’une des œuvres au message politique les plus percutants de ces dernières années soit issue de l’univers Star Wars ? Produite par Disney d’autant plus !? La saison 2 d’ANDOR ne met pas de l’eau dans son vin, Tony Gilroy continue de son pamphlet sur la résistance face au fascisme dans douze épisodes tendus.
Je trouve que ce second chapitre prend réellement son envol sur ses deuxième et troisième actes. Cette saison arrive à être encore plus pertinente - et fracassante - que la première. Après l’intervention des Etats-Unis au Venezuela, certaines de ses scènes me reviennent étrangement en tête.
PLURIBUS
Saison 1 • Conçue par Vince Gilligan
Si l’idée d’une série de science-fiction menée par le créateur de BREAKING BAD m’interpellait, j’ai été convaincu lorsque j’ai vu que l’excellente Rhea Seehorn faisait partie du show. Après le rôle de Kim Wexler dans BETTER CALL SAUL - qu’elle a interprété avec brio -, je suis content de voir que Vince Gilligan reparte sur un nouveau projet la mettant en avant.
La force de PLURIBUS ne réside pas uniquement dans l’interprétation de son actrice principale. Elle est très bien accompagnée, déjà. Elle a aussi le droit à un pitch très prometteur, et une intrigue parfaitement construite. Après tout, Gilligan est un bâtisseur ; il place chaque pièce de son intrigue méticuleusement afin de construire des moments de grande tension, amener de la surprise et/ou du suspens. Chaque scène va permettre de développer quelque chose essentiel à la série. Ça me rend accro.
En plus, le showrunner ne répète pas bêtement une formule, il commence avec une scène d’introduction énigmatique où il introduit une sublime chorégraphie qui va se répéter encore et encore, mais qui prendra toujours des proportions de plus en plus dingues. Et il joue avec cet automatisme pour appuyer encore plus la caractérisation de la principale protagoniste. Encore un coup de génie de la part de Gilligan, et encore un très bon rôle confié à Seehorn.
SEVERANCE
Saison 2 • Conçue par Dan Erickson
Beaucoup de temps s’est écoulé entre la première et la seconde saison de SEVERANCE. Trop pour moi, alors j’ai eu du mal à rattraper les wagons. J’ai même failli capituler. Surtout que le show a un peu perdu son mordant, préférant la conspiration que le discours politique. Pourtant, ce rapport - très personnel - avec le show ne m’a pas empêché de rentrer dans le jeu.
Réalisation incroyable - surtout lorsque Ben Stiller est derrière la caméra -, univers unique en son genre, SEVERANCE ne perd pas de sa superbe. L’intrigue devient de plus en plus passionnante amenant vers ce qui aurait pu être la fin de la série. En tout cas, j’aurais vraiment aimé que ce soit le final de la série.
THE PITT
Saison 1 • Conçue par R. Scott Gemmill
C’est URGENCES ! La série ne le cache même pas !
THE PITT est un relaunch de la série mythique avec d’autres personnages, mais nous retrouvons la même réalisation, la même manière de gérer les nombreux urgentistes, les mêmes relations d’amitié, d’oppositions, de rivalité… Et pourtant, malgré ce gros côté déjà-vu, THE PITT arrive à détrôner toutes les séries TV médicales sorties qui ont emboîté le pas à URGENCES. Les personnages sont forts, parfois attachants, parfois détestables, parfois ambiguës… Ils et elles tiennent le show sur leurs épaules servant de structure à l’ensemble. Je ne pensais pas que j’allais autant aimer le show.
THE STUDIO
Saison 1 • Conçue par Seth Rogen, Evan Goldberg et Peter Huyck
Du bonheur en barre !
Avec un fil conducteur assez simple et une galerie de personnages assez solides, chaque épisode est un exercice de style et une lettre d’amour au cinéma et à celles et ceux qui le font.
Mais, ce que je trouve encore meilleur, c’est que ce n’est pas un plaisir d’élitistes destinés à d’autres élitistes, Seth Rogen, Evan Goldberg et Peter Huyck apportent tellement de fun et de générosité que tout est accessible.
En plus de toutes les blagues qu’on attend d’une œuvre produite par Rogen et Goldberg, il y a de l’intelligence dans les propos, de l’émotion, le tout rythmé sur des musiques jazzy élégantes, et une mise en scène incroyable notamment ce plan séquence d’anthologie qui conclut la série.
A bientôt !







